Miroslav Tichý, photographe marginal et voyeur

 

 

Encore inconnu il y a trois ou quatre ans, Miroslav Tichý, découvert accidentellement, est vite devenu un phénomène dans le monde de la photographie artistique. Mais qui est-il? Il est un vieil homme vêtu de haillons qui a choisi une vie marginale suite aux difficultés engendrées par la guerre et aux tirailleries du régime totalitaire de son pays, l’ex-Tchécoslovaquie.

 

Malgré son apparence de sans-abri qui pourrait laisser croire qu’il est un raté, Miroslav Tichý a toujours conservé un esprit libre et rebelle, refusant toujours d’adhérer au « système », de quelque manière que ce soit. La photo est pour lui sa façon d’exprimer son anticonformisme.

 

Né en 1926 à Kyjov, en Moravie, il a commencé à s’intéresser sérieusement à la photo dans les années soixante, après avoir passé du temps en prison pour des raisons politiques. À partir de ce moment, il a assumé sa marginalité en négligeant son apparence physique. Par conséquent, toute son activité de photographe est devenue non-conventionnelle, de son matériel photographique des plus rudimentaires, construit à partir de déchets de toutes sortes, jusqu’à sa façon de prendre ses photos : caché, effacé, à la manière d’un voyeur.

 

 

 

 

 

 

 

«Je n'ai jamais rien fait que passer le temps. J'allais en ville et j'avais quelque chose à faire. J'appuyais simplement sur le déclencheur. Je prenais deux ou trois rouleaux par jour. Cent photos par jour. Cela se faisait automatiquement, sans le moindre effort. Je n'étais qu'un observateur, mais j'avail l'oeil.»

 

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«Pour moi, une femme est un motif. La silhouette (debout, inclinée, assise), le mouvement, rien d'autre ne m'intéresse. L'érotisme n'est qu'un rêve, de toute façon. Le monde n'est qu'une illusion, notre illusion.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et que photographiait-il? Des femmes. Il les traquait de façon obsessionnelle. Il prenait des centaines de photos, une à la fois. Il se fixait même parfois des quotas quotidiens de cent photos. Les modèles malgré eux de cet univers féminin étaient des femmes déambulant sur la rue ou prenant des bains de soleil. La plupart ne réalisaient pas qu’elles étaient photographiées; certaines protestaient et se fâchaient; d’autres restaient indifférentes au fait d’être prises en photo. Visages, poitrines et jambes ornaient ses cadres spontanés desquels émanait un érotisme sophistiqué, surprenant.

 

Du lot gigantesque de négatifs qu’il fit, seulement une infime partie fut développée et agrandie. Il collait ensuite ses clichés sur des cartons glanés à gauche et à droite, dessinant autour au crayon des effets décoratifs. Des cernes ou des taches, intentionnelles ou non, ajoutaient un effet mélancolique à ses tableaux.

 

L’ensemble de son œuvre exprime des qualités poétiques indéniables, ce qui n’est guère surprenant considérant le fait que Miroslav Tichý avait étudié jadis à l’Académie des Arts de Prague et qu’il avait souscrit au mouvement Expressionniste dans sa jeunesse. De plus, ce qui est intéressant dans sa démarche, c’est qu’il a pris tous ces clichés pour lui-même, pour son unique plaisir, en homme indépendant qu’il était.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci à tichyocean.com